Pourquoi préférer les Tensions aux Problèmes ?

Tribune publiée dans Focus RH le 28/05/2026

Force est de constater que dans notre vie professionnelle nous vivons bon nombre “d’embêtements”... Des situations qui “grattent”, qui agacent, qui font peur, qui bloquent, bref, qui tendent les choses et les relations. Et si au lieu de travailler celles-ci sous l’angle des problèmes on abordait la chose sous l’angle des tensions ?

Problème VS Tension ce que cela change

“Le problème c’est que depuis avril, l’équipe Finances met trop la pression aux autres Directions.” 

“Le problème de notre structure c’est que l’on change de direction tous les quatre matins !“

“Le problème dans mon CoDir c’est que les personnes ne jouent pas assez collectif.”

Trois exemples issus de différentes conversations que j’ai eues ces derniers temps. Des problématiques somme toute assez banales quand on accompagne des organisations. Or le problème quand on rentre par les problèmes, c’est qu’on va chercher à trouver la solution qui permet d’évacuer ce problème. Un peu comme prendre un Doliprane quand on a mal à la tête ! En entreprise on prendra un petit team building par ci, une formation par là… Or en s’escrimant à résoudre le problème, on traite le symptôme mais le sujet structurel, pas le sujet de fond.

Penser en tension invite à une vision systémique

Nos entreprises sont des systèmes vivants composés de groupes interconnectés avec l’interne et aussi avec l’externe. Ainsi les changements de l’un impactent mécaniquement les autres et ceci en chaîne. De ce fait, ce sont les changements d’équilibre qui peuvent perturber et générer des tensions. Comme sur une balance. Si on met un petit peu plus de poids à droite cela vient déséquilibrer ce qui était stable jusqu’’alors. Ainsi, si au lieu de se demander quels sont les problèmes à résoudre, on se demandait plutôt entre quoi et quoi les tensions s’opèrent-elles dans cette situation, les réponses seraient autres. 

Poursuivons avec l’exemple du haut et l’équipe Finances. L’élément qui a changé l’équilibre qui était en place jusqu’alors est le résultat de la Business Review de T1. La tension qui en résulte alors se joue entre un contrôle accru de la Finance sur les dépenses des équipes et une habitude de grande liberté par les équipes. On voit donc ici que le sujet n’est pas juste un sujet de reporting renforcé, il est bien plus profond que ça !

Penser en tension donne accès à l’autre polarité

Si la Direction dans notre cas, prend conscience de cette situation, un accompagnement mené autour des tensions sera très intéressant. En donnant la parole aux équipes (vs en décidant pour elles) afin qu’elles partagent leurs propres perceptions de la situation, nous donnons une légitimité aux deux polarités (entendre aux deux pôles qui s’opposent). Ainsi, nous les reconnaissons et cette reconnaissance est essentielle pour retrouver un équilibre. 

Puis, en les amenant ensemble à nommer cette tension, chaque protagoniste a accès à la vision de l’autre. La conscience de tout le monde est ainsi élargie, enrichie, et c’est avec cette meilleure conscience qu’il devient possible de construire ensemble les ajustements nécessaires de part et d'autre pour que la tension s'apaise.


Penser en tension enrichit notre coopération

L’approche tensionnelle, développée par Jacques Moreau, invite ainsi à réguler, à rééquilibrer une situation. Nous ne cherchons pas à arriver tel un sauveur pour apporter la solution toute cuite, mais bien pour mettre l’organisation et ses protagonistes, en capacité de créer par eux-mêmes des conditions qui seront vécues comme un juste équilibre et qui donc seront non génératrices de tensions.


En conclusion 

En conclusion, je vous invite à un petit jeu. La prochaine fois que vous vous dites “Comment résoudre ce problème ?”, reformulez votre question par “Où se joue la tension dans notre système, quelles sont les polarités qui s’opposent et comment rééquilibrer l’ensemble ?”

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