L’inconfort relationnel, angle mort de l’efficience ?
Tribune publiée dans Focus RH le 12/10/2026
Bien loin d’un “Nice to Have” dans sa politique QVCT, s’intéresser à l’inconfort relationnel dans son organisation peut devenir une vraie source de progrès et d’efficience. Si l’on définit le confort comme une “tranquillité obtenue par le rejet de toute préoccupation”, l’inconfort lui se raconte comme le “caractère désagréable, incommode dans lequel se trouve quelqu’un”. Regardons en quoi cet inconfort pourrait limiter le potentiel de votre entreprise.
L’inconfort relationnel, un coût invisible qui finit par se ressentir dans les résultats
Que ce soit dans mes coachings individuels ou d’équipe, durant des séminaires ou des formations, je constate factuellement, sous mes yeux, les dommages collatéraux de cet inconfort relationnel. Je vous en partage quelques uns pour illustrer.
Parce qu’elle ne sent pas à l’aise suite à une remarque de Paul, Sonia n’ose plus intervenir et son apport d’idées se réduit drastiquement jusqu’à la fin de la réunion. Yacine, lui, depuis le début ne dit pas un mot, est en mode passif et ne contribue pas à la réflexion alors qu’il détient une expertise très précieuse pour le sujet travaillé… Dans une autre entreprise, j’entends Mathilde qui hausse le ton lors de sa discussion avec Frederico, ce qui lance un froid dans toute la salle. Plus loin je vois Clément qui tourne son cou un coup à gauche, un coup à droite et lève mollement la main pour l’option N°3, sans grande conviction… Enfin Nora a les yeux qui brillent quand le manager rappelle devant tout le monde une erreur qu’elle a commise récemment. Conséquence ? Elle ne proposera plus son aide sur les projets à venir et finira par poser sa démission quelques temps plus tard.
Comme on vient de le voir, les effets de bord de l’inconfort relationnel impactent directement la mobilisation de certains, la créativité d’autres, mais aussi l’envie, la productivité, la rapidité d’exécution, l’apport de nouvelles idées et même la santé physique et mentale… Et pour autant aucune des personnes n’en avait initialement l’intention.
L’inconfort relationnel, un concept aux origines multiples
De ce que je peux observer sur le terrain depuis des dizaines d’années, les sources de l’inconfort relationnel s’organisent autour de huit grandes catégories.
Un, l’inconfort relationnel lié à l’absence de rôles clairs : “J’ai senti un malaise quand il a pris la parole sur ce que je pensais être mon sujet”. Deux, l’inconfort relationnel lié à la taille du groupe : “Quand on est passé de 5 à 10 pour travailler je me suis senti gêné pour m’exprimer”. Trois, l’inconfort relationnel lié aux façons de communiquer - “Quand elle parle comme ça, je le vis comme des injonctions et je n’aime pas du tout”. Quatre, l’inconfort relationnel lié au rapport au temps “Moi, j’ai besoin de plus de temps et je ne suis pas à l’aise quand il faut décider dans la seconde”. Cinq, l’inconfort relationnel lié au regard des autres : “Cela m’a beaucoup dérangé de me sentir en échec devant mes pairs”. Six, l’inconfort relationnel lié à la crainte du désaccord “J’ai hésité à me positionner de peur de ne pas être d’accord avec elle”. Sept, l’inconfort relationnel lié au statut et à la hiérarchie - “C’est ma boss, je ne me sens pas autorisée à challenger son idée”. Huit, l’inconfort relationnel qui découle de la peur de déplaire “J’ai pas osé dire non pour qu’il ne le prenne pas mal.”
Alors en pensant à votre organisation, où se situe l’inconfort relationnel selon vous ?
L’inconfort relationnel, une potentielle source de performance sous-estimée
S’intéresser aux effets de ses actions, de ses comportements ou de ses mots sur les autres est un premier pas pour améliorer la qualité des interactions et par effet ricochet, la qualité de production de l’entreprise. Car à l’instar d’une cellule, du corps humain ou d’un pays, l’entreprise est un système interdépendant, dans lequel les interactions sont permanentes.
Si l’on “ose” regarder la nature des relations qui se jouent dans notre système et non pas uniquement les personnes qui le composent, on ne cherchera plus qui pose problème mais ce que notre système produit. En s’intéressant à l’inconfort relationnel et à ses effets sur les autres, on pourra aussi distinguer l’inconfort vertueux de l’inconfort contre-productif. Car tout inconfort relationnel n’est pas forcément à bannir. Certains inconforts peuvent au contraire créer des effets positifs : recevoir un feedback constructif, être challengé par un collègue, devoir argumenter autrement, changer sa manière de faire…
Pour la suite, je vous invite donc à regarder de plus près toutes ces situations du quotidien qui génèrent un inconfort relationnel. Pour celles qui génèrent un inconfort contre productif, faites-en un axe de progrès inscrit dans votre stratégie 2027 et apprenez à vos managers de proximité à les identifier, à les nommer, à les réguler. Ainsi les situations qui freinent la coopération et donc la performance auront moins de chances de polluer tous les efforts que vous menez par ailleurs.