Et si les bons managers faisaient parfois l’inverse de ce qui semble logique ?

Tribune publiée dans Focus RH le 31/08/2026

Quand l’incertitude augmente, notre premier réflexe est souvent de chercher à reprendre le contrôle. Quand une équipe rencontre une difficulté, nous cherchons à apporter des solutions. Quand un conflit apparaît, nous préférons parfois l’éviter. Quand un collaborateur souffre, nous voulons le protéger. Et si, en management, nos réflexes les plus naturels n’étaient pas toujours les plus efficaces ?

Moins solutionner pour plus faire grandir

Des nombreuses missions que j'ai menées dans des entreprises de tailles et de secteurs très variés, j'ai pu observer une constante : la tendance de nombreux managers à “donner directement du poisson à leurs équipes plutôt que de leur apprendre à pêcher”. Même si résoudre les problèmes de son équipe est évidemment une attente forte des collaborateurs, les amener à trouver par eux-mêmes leurs propres solutions est une compétence du manager bien plus performative. Ne pas être la solution à tous les problèmes en préférant questionner, amener à réfléchir par soi-même et à construire des solutions développe l'autonomie, l'estime de soi et les capacités cognitives. 


Plus parler des conflits pour moins gérer de crise

Que l'on en ait conscience ou pas, on cherche tous et notamment dans notre cadre professionnel, à renvoyer la meilleure image de nous-même. Ainsi, managers et collaborateurs peuvent préférer mettre de côté des difficultés, des tensions, au sein de l’équipe ou avec des personnes extérieures à celle-ci. Même si ce n'est pas toujours agréable, mettre sur la table les sujets sensibles au plus tôt permet d'éviter aux abcès de grossir.  Un désaccord par exemple n’est pas forcément un problème, mais un désaccord dont on ne parle pas peut le devenir. Ainsi, “banaliser” des difficultés relationnelles - dans le sens ne pas en faire des choses tabou dont on ne parle pas - permet de réguler en amont et  diminue donc les risques d'explosions futures. 


Moins protéger pour ne pas infantiliser

Quand j'étais moi-même dirigeante au sein d'une ETI, je n'ai que trop constaté cette habitude de grand nombre de managers à se comporter tels des parents protégeant leur enfant. Intervenir alors que la personne pourrait gérer elle-même la situation, materner son équipe, ne pas dire des choses négatives sont trois des comportements qui peuvent partir d'une bonne intention mais qui, dans les faits, réduisent les collaborateurs à une position inadaptée d'enfant. A trop protéger, on ne développe ni les compétences, ni le potentiel et personne n’atteint son flow… Vous savez, cet état dans lequel vous êtes pleinement motivé, totalement concentré, où vous éprouvez du plaisir et n'avez pas peur d'échouer… Celui qui permet de réaliser ses meilleures performances.


Assumer plus sa vulnérabilité pour gagner en leadership

Sois fort. Sois parfait. Sois sachant. Sois solide… voici quelques-unes des injonctions les plus connues autour de la mission de manager. Or dire “je ne sais pas”, demander de l’aide, reconnaître une erreur, admettre qu’une situation est délicate sont pourtant des forces. Parmi les personnes que j'ai coachées, celles qui ont osé poser le masque pour donner à voir leur vulnérabilité, me racontent toujours que cela facilite et rend finalement leurs relations managériales plus solides. En laissant plus de place à leurs fragilités, leur aura de manager est finalement renforcée. 


Prendre plus le temps pour aller plus loin

Dans ce que j’observe fréquemment durant les expériences d’equicoaching - accompagnements sur les compétences managériales et relationnelles réalisés avec des chevaux - que je mène au sein d'entreprises partout en France, c’est que prendre le temps de construire une relation solide plutôt que de chercher aller au plus vite est un choix gagnant. Avec le cheval, vouloir aller trop vite, brûler une étape, chercher à imposer ne fonctionne pas. Savoir s'arrêter, savoir même revenir en arrière, prendre le temps de construire pas à pas la confiance, cela peut donner l'impression de perdre son temps mais c'est bien au contraire un temps précieux qui permet d'en gagner bien plus par la suite. 


En conclusion, en management, ce qui peut paraître logique et évident n’est pas forcément le plus favorable pour son équipe et pour soi. Alors, tout comme il est toujours intéressant d’avoir conscience des biais cognitifs qui sont à l'œuvre, pour cette rentrée, gardez en mémoire que parfois, ce qui peut sembler contre-intuitif est pourtant bien le bon chemin à suivre. 

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